
Illustration autour du geste et du mouvement dans l’espace urbain, par aidjai
Dessin crayonné, numérisé modifié avec Gimp..
Sans doute, l’entendez-vous, vous aussi, tôt le matin.
C’est le souffleur.
Avec son tuyau à la main et sa machine sur le dos.
Une apparition régulière, presque rituelle, qui traverse nos rues à l’aube, précédée d’un grondement caractéristique, quelque part entre le moustique sous amphétamines et le réacteur d’un avion miniature.
Depuis quelques années, l’objet s’est imposé dans le paysage urbain. Trop tôt pour certains, trop bruyant pour beaucoup, indispensable pour d’autres. Il nettoie, déplace, redistribue. Parfois même, il exporte — avec une précision toute relative — les détritus d’un territoire vers un autre, selon une logique que l’on pourrait qualifier… de collaborative.
J’ai vu des terrasses de café ainsi nettoyées avec entrain, les feuilles mortes et autres vestiges de la veille prenant la direction du trottoir voisin, lequel, dans un bel esprit de réciprocité, pourrait en faire autant.
À force d’observation, une idée s’est imposée.
Et si la souffleuse devenait une discipline olympique ?
Après tout, les fondamentaux sont là :
– endurance (tenir la machine plusieurs heures)
– précision (viser sans forcément atteindre)
– stratégie (choisir la bonne direction… ou pas)
– performance sonore (catégorie décibels, évidemment)
On imagine déjà les épreuves :
– le 100 mètres feuilles mortes
– le duo synchronisé (type tennis)
– l’épreuve par équipe (inspirée du hockey sur glace, mais sans palet), avec, par exemple, un gobelet réglementaire en plastique blanc
– le lancer de détritus longue distance
– et bien sûr, le marathon urbain, avec franchissement de trottoirs et obstacles imprévus
Les juges, équipés de casques antibruit réglementaires, évalueraient la fluidité du geste, la cohérence du souffle et la capacité à déplacer un volume donné sans trop se soucier de sa destination finale.
M. Samarrange, président du Comité International des Disciplines Opportunes et Bruyantes — une nouvelle fédération qui a le vent dans les voiles — en a soufflé l’idée auprès du comité olympique.
Une création qui, de toute évidence, arrangerait beaucoup de monde.
Renouvelant ainsi ce bel esprit de saine compétition, loyale et sportive, qui demeure l’une des plus belles caractéristiques du genre humain.
En attendant la reconnaissance officielle, le spectacle continue, chaque matin, sous nos fenêtres.
Et nous en sommes, qu’on le veuille ou non, les spectateurs privilégiés.
Aidjai.
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