
JERRY, YES WE CAN
Un personnage se lève.
Ou peut-être qu’il tombe.
On ne sait pas exactement.
Il trace son geste dans le noir, à la craie, comme une urgence.
Le blanc s’accroche au fond sombre — fragile, nerveux, presque effaçable.
Un corps apparaît, instable, traversé de lignes comme autant de tentatives d’exister.
À ses côtés : un objet.
Un jerrican.
Silencieux. Plein, vide — peu importe. Il est là.
Et puis cette phrase, martelée, presque criée :
“JERRY YES WE CAN JERRY!”
On croit entendre un slogan.
Une promesse collective.
Une vieille musique politique, pleine d’élan.
Mais ici, quelque chose déraille légèrement.
Le “Yes we can” glisse vers le jerry-can.
Le mot devient objet.
L’espoir devient ressource.
L’énergie devient question.
Que peut-on encore ?
Et avec quoi ?
Le jerrican — bidon de guerre, de survie, de déplacement — porte en lui une mémoire.
Celle des conflits, des pénuries, des dépendances.
Celle d’un monde qui avance avec ses réserves à la main.
Le personnage semble encourager.
Ou se convaincre.
Ou répéter une formule dont le sens lui échappe déjà.
Le blanc sur le noir n’est pas qu’un contraste :
c’est une lutte.
Une apparition contre l’effacement.
Une tentative de faire signe dans un monde saturé de signaux.
“Jerry, yes we can.”
Peut-être.
Mais jusqu’où, et à quel prix ?
Entre cri d’espoir et constat brut,
le dessin tient en équilibre —
comme nous.



