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  • Une respiration fraîche revenue des années 1970

    Une respiration fraîche pour les jours de grande chaleur : Shitali Pranayama

    Il y a des livres qui restent sur une étagère pendant des années, parfois des décennies. On les a rapportés d’un voyage, d’un autre continent, d’un autre âge de sa propre vie. Puis un jour, sans prévenir, ils reviennent nous parler.

    Celui-ci, Yoga: Meaning, Values & Practice, du Dr Phulgenda Sinha, fait partie de ces objets voyageurs. Je l’ai rapporté des États-Unis dans les années 1970, époque de routes longues, de déplacements, de rencontres, de curiosités spirituelles et corporelles. Un livre ancien maintenant, marqué par le temps, mais qui porte encore quelque chose de vivant.

    En le feuilletant à nouveau, dans le contexte de ces grandes chaleurs, je suis tombé sur un passage consacré à Shitali Pranayama.

    Shitali signifie « rafraîchissant », « refroidissant ». Il s’agit d’une technique de respiration du yoga, présentée dans le livre comme une pratique capable d’apaiser rapidement le corps et le système nerveux.

    La méthode est simple : s’asseoir droit, inspirer doucement par la bouche en laissant l’air passer au contact de la langue, puis expirer calmement par les deux narines. Le texte recommande quelques cycles seulement, cinq environ, sans dépasser dix répétitions à la fois.

    L’expression qui m’a frappé est celle-ci : certains appelleraient cette pratique une forme de « climatisation personnelle ».

    La formule prête presque à sourire, mais elle est belle. Elle dit quelque chose d’essentiel : avant les machines, avant les écrans, avant la fuite permanente vers l’extérieur, il existe aussi des manières très simples de revenir au corps, au souffle, à la sensation immédiate.

    Bien sûr, il ne s’agit pas d’en faire une solution miraculeuse. En période de chaleur, il faut boire, rester au frais, éviter les efforts excessifs, protéger les personnes fragiles. Et si une gêne apparaît dans la gorge ou dans la respiration, mieux vaut arrêter.

    Mais comme petit geste de calme, comme rituel discret, Shitali Pranayama mérite d’être redécouvert. Quelques respirations, assis tranquillement, peuvent parfois suffire à créer un peu d’espace intérieur.

    Ce qui me touche aussi, c’est que cette pratique me revient par un livre rapporté de voyage. Un objet ancien, venu des années 1970, qui traverse le temps pour rejoindre une journée brûlante d’aujourd’hui.

    Les livres voyagent parfois plus longtemps que nous. Ils dorment, puis ils se réveillent. Et soudain, au détour d’une page jaunie, ils nous offrent une respiration fraîche.

    Extrait du chapitre consacré à Shitali Pranayama.

    Traduction française — Shitali Pranayama

    Shitali Pranayama

    Shitali signifie « rafraîchissant » ou « refroidissant ». C’est une forme de pranayama qui peut même être pratiquée régulièrement. Toutefois, une pratique régulière exige certaines conditions particulières qui, dans des circonstances spéciales, peuvent ne pas être réunies. Il est donc préférable de pratiquer Shitali seulement lorsqu’on a besoin d’un soulagement immédiat de la nervosité. Dans ce cas, on peut le pratiquer sans tenir compte de toutes les exigences habituelles. Parmi toutes les méthodes, c’est l’une des meilleures lorsqu’il s’agit d’obtenir un soulagement immédiat.

    Méthode

    Asseyez-vous au sol, le dos bien droit. Ouvrez la bouche et placez-la de manière que le bout de la langue touche les dents. La langue doit rester droite dans la bouche, et son extrémité doit se rapprocher des deux rangées de dents.

    Inspirez ensuite de l’air frais par la bouche, entre les dents, de telle sorte que l’air entrant touche la langue sur toute sa longueur, depuis la pointe jusqu’à la base, jusqu’à la région de la gorge. Faites une inspiration longue et continue, à vitesse moyenne. Autrement dit, n’inspirez ni trop vite ni trop lentement.

    Lorsque vous avez suffisamment inspiré, expirez l’air par les deux narines, également à vitesse moyenne.

    Puis inspirez à nouveau par la bouche de la même manière, et expirez par les deux narines. Continuez ce processus jusqu’à cinq cycles. Ne le pratiquez pas plus de dix cycles à la fois.

    Ce Shitali peut être pratiqué à tout moment, en tout lieu, et chaque fois que cela est nécessaire.

    Bienfaits

    Les bienfaits sont étonnamment importants. Cette pratique rafraîchit très rapidement le corps entier et le système nerveux. Les personnes qui la pratiquent peuvent constater elles-mêmes, après seulement cinq à dix répétitions, qu’elle rafraîchit la bouche, la langue et le corps. Il n’est donc pas étonnant que certains l’appellent une forme de « climatisation personnelle ».

    La pratique de Shitali peut aussi être utilisée pour divers autres troubles. Par exemple, en cas de mal de tête, de fièvre, ou chaque fois que l’on se sent échauffé, assoiffé, voire affamé. Dans toutes ces conditions, elle aura un effet apaisant et soulageant.

    Il se peut cependant que certains pratiquants attrapent froid ou ressentent un mal de gorge lors des premières pratiques de Shitali. Dans ce cas, il est conseillé d’arrêter la pratique.


    Par aidjai, le 23 juin 2026

  • Like a New Kid in Town – Discipline olympique émergente : la souffleuse urbaine

    Illustration d’un agent urbain utilisant une souffleuse – dessin d’aidjai
    .

    Illustration autour du geste et du mouvement dans l’espace urbain, par aidjai
    Dessin crayonné, numérisé modifié avec Gimp..

    Sans doute, l’entendez-vous, vous aussi, tôt le matin.

    C’est le souffleur.

    Avec son tuyau à la main et sa machine sur le dos.

    Une apparition régulière, presque rituelle, qui traverse nos rues à l’aube, précédée d’un grondement caractéristique, quelque part entre le moustique sous amphétamines et le réacteur d’un avion miniature.

    Depuis quelques années, l’objet s’est imposé dans le paysage urbain. Trop tôt pour certains, trop bruyant pour beaucoup, indispensable pour d’autres. Il nettoie, déplace, redistribue. Parfois même, il exporte — avec une précision toute relative — les détritus d’un territoire vers un autre, selon une logique que l’on pourrait qualifier… de collaborative.

    J’ai vu des terrasses de café ainsi nettoyées avec entrain, les feuilles mortes et autres vestiges de la veille prenant la direction du trottoir voisin, lequel, dans un bel esprit de réciprocité, pourrait en faire autant.

    À force d’observation, une idée s’est imposée.

    Et si la souffleuse devenait une discipline olympique ?

    Après tout, les fondamentaux sont là :

    – endurance (tenir la machine plusieurs heures)
    – précision (viser sans forcément atteindre)
    – stratégie (choisir la bonne direction… ou pas)
    – performance sonore (catégorie décibels, évidemment)

    On imagine déjà les épreuves :

    – le 100 mètres feuilles mortes
    – le duo synchronisé (type tennis)
    – l’épreuve par équipe (inspirée du hockey sur glace, mais sans palet), avec, par exemple, un gobelet réglementaire en plastique blanc
    – le lancer de détritus longue distance
    – et bien sûr, le marathon urbain, avec franchissement de trottoirs et obstacles imprévus

    Les juges, équipés de casques antibruit réglementaires, évalueraient la fluidité du geste, la cohérence du souffle et la capacité à déplacer un volume donné sans trop se soucier de sa destination finale.

    M. Samarrange, président du Comité International des Disciplines Opportunes et Bruyantes — une nouvelle fédération qui a le vent dans les voiles — en a soufflé l’idée auprès du comité olympique.

    Une création qui, de toute évidence, arrangerait beaucoup de monde.
    Renouvelant ainsi ce bel esprit de saine compétition, loyale et sportive, qui demeure l’une des plus belles caractéristiques du genre humain.

    En attendant la reconnaissance officielle, le spectacle continue, chaque matin, sous nos fenêtres.

    Et nous en sommes, qu’on le veuille ou non, les spectateurs privilégiés.

    Aidjai.

  • YES WE CAN, JERRY !!!

    JERRY, YES WE CAN

    Un personnage se lève.
    Ou peut-être qu’il tombe.
    On ne sait pas exactement.

    Il trace son geste dans le noir, à la craie, comme une urgence.
    Le blanc s’accroche au fond sombre — fragile, nerveux, presque effaçable.
    Un corps apparaît, instable, traversé de lignes comme autant de tentatives d’exister.

    À ses côtés : un objet.
    Un jerrican.
    Silencieux. Plein, vide — peu importe. Il est là.

    Et puis cette phrase, martelée, presque criée :
    “JERRY YES WE CAN JERRY!”

    On croit entendre un slogan.
    Une promesse collective.
    Une vieille musique politique, pleine d’élan.

    Mais ici, quelque chose déraille légèrement.

    Le “Yes we can” glisse vers le jerry-can.
    Le mot devient objet.
    L’espoir devient ressource.
    L’énergie devient question.

    Que peut-on encore ?
    Et avec quoi ?

    Le jerrican — bidon de guerre, de survie, de déplacement — porte en lui une mémoire.
    Celle des conflits, des pénuries, des dépendances.
    Celle d’un monde qui avance avec ses réserves à la main.

    Le personnage semble encourager.
    Ou se convaincre.
    Ou répéter une formule dont le sens lui échappe déjà.

    Le blanc sur le noir n’est pas qu’un contraste :
    c’est une lutte.
    Une apparition contre l’effacement.
    Une tentative de faire signe dans un monde saturé de signaux.

    “Jerry, yes we can.”
    Peut-être.
    Mais jusqu’où, et à quel prix ?

    Entre cri d’espoir et constat brut,
    le dessin tient en équilibre —
    comme nous.

  • LA PÊCHE AU TRÉSOR


    La Pêche au Trésor

    Alain Jourdrain (aidjai)
    Peinture acrylique sur papier Clairefontaine, 360 g
    Vernis mat
    65 × 50 cm
    Février 2026

    Œuvre présentée au salon  » Le PRINTEMPS DES ARTS  » , Mars2026.

    « You are what you eat, that’s all there is to it. » chantait Frank Zappa.

    Autrement dit : nous serions ce que nous consommons.

    Mais alors une autre question se pose :
    qui sommes-nous vraiment ?

    Dans ce tableau, un homme est assis tranquillement sur une chaise. Il tient une canne à pêche avec sérieux, comme un pêcheur au bord d’un lac. Pourtant, la scène se déroule dans un intérieur très simple : ses pieds trempent dans une bassine d’eau.

    Il pêche là, juste sous lui.

    Cette image peut sembler étrange. Pourquoi chercher un trésor dans une bassine ?

    Peut-être parce que ce que nous trouvons dépend souvent de ce que nous cherchons. Le pêcheur lance sa ligne dans sa propre eau, dans un petit monde qui lui appartient déjà.

    Par la fenêtre apparaît ce qui ressemble à une lune. Mais en regardant mieux, on découvre qu’il s’agit d’une banane. Le ciel lui-même semble jouer avec notre regard.

    Dans notre époque, les moteurs de recherche et les algorithmes fonctionnent un peu de la même manière. Ils nous montrent souvent ce que nous aimons déjà, ce que nous pensons déjà, ce que nous sommes prêts à voir.

    Ils pêchent dans notre propre bassin.

    Alors peut-être que la question n’est pas seulement de savoir ce que nous mangeons ou ce que nous consommons.

    La question pourrait être :
    dans quelle eau lançons-nous notre ligne ?

    Et quel trésor espérons-nous y trouver ?